Alors, quelles nouvelles ?

Daniel Bauce

Petit bonhomme

Sa main s'est réfugiée dans la mienne. Une main de petit bonhomme blottie dans celle de son père. Je ne sais pas qui conduit l'autre. Moi, peut-être, qui cale mon rythme sur le sien. Ou lui qui allonge le pas. C'est l'heure d'aller à l'école. Un coton grisâtre couvre le ciel. Tête basse, nous luttons contre le vent froid. Les mots sont inutiles. Ils se perdraient dans le fracas du marteau-piqueur qui force le bitume. Nos têtes rentrent un peu plus dans nos cols et nous contournons l'obstacle du chantier. Un coup de klaxon. Je serre la main du petit. Ses jambes se raidissent, sa tête part en avant. Il me regarde et me sourit. Un souffle glacé soulève légèrement une mèche de ses cheveux, l'auto file à toute allure. Le vombrissement familier d'un camion de livraison nous ramène sur le trottoir. Nous tournons la tête. Il s'agit maintenant de traverser l'écran de fumée dégagé par le poids-lourd. L'école est à deux pas. Un flot de bus et de voitures stationne devant l'établissement. Un imperceptible voile flotte dans l'air. La directrice de l'école accueille les élèves sur le pas de la porte avec un sourire pâle.

— Bonjour Benjamin, bonjour M. Jambien.

— Bonjour Madame.

— Bisous mon fils. À ce soir.

Le petit court dans le couloir. Il semble apaisé et ça me réconforte. Je le suis des yeux. Sa frêle silhouette se fond parmi les autres enfants, dans son monde à lui. Ici, il est heureux. J'allume une cigarette. Je me tourne vers la directrice, plein de reconnaissance. Ses yeux lancent des éclairs.

— S'il-vous-plaît M. Jambien ! Monsieur Jambien ! Vous ne devez pas fumer ici ! Devant l'école !